© Micronetscop - 1999/2000

 

 

Bergerac : Les gens du voyage sont priés de déguerpir, une filiale de Vivendi rachète le site sur lequel ils sont installés depuis longtemps.

L'emplacement que la municipalité impose en échange est "dégueulasse" : situé route de Mussidan sur une ancienne décharge infectée par les insectes ! S'ils ne sont pas hostiles à partir, les gens du voyage souhaitent légitimement un endroit décent, non excentré de la ville. Après la rencontre du 20 novembre 1999 entre C. Wermes et N. Schlemer pour le MRAP et D.Garrigue maire de Bergerac, la municipalité vient de décider l'attribution d'un nouveau site qui conviendrait à tout le monde.

A suivre ...

 

Les Gens du Voyage : des exclus dans l'oubli...

Depuis des siècles, les Gens du Voyage sont quasi exclus de la Nation et toujours plus ou moins oubliés (la sédentarisation n'y changeant rien) : il subsiste encore des formes de rejet engendrées par des préjugés dans l'opinion publique courante et un regard plutôt négatif à l'égard de cette population, de son mode de vie, de ses habitudes et coutumes rarement connues du public. Malheureusement, et c'est trop souvent le cas, ce qui est différent effraie, ce qui n'est pas "dans la normalité" est pour beaucoup de gens difficilement acceptable.

Le poids de cette méconnaissance est très lourd en ce qui concerne les Gens du Voyage. En témoigne l'oubli dont ils sont victimes : peu de prise en compte des Tsiganes dans l'Holocauste nazie, ignorance du fait que le gouvernement français en 1939 a fait interner les "Nomades" bien avant une quelconque intervention allemande. En témoigne également le mépris avec lequel cette population est traitée en France : jusqu'en 1991, la rubrique qui leur est consacrée dans le Journal Officiel s'appelait, et c'est significatif de l'état d'esprit ambiant à leur égard, " Nomades et vagabonds " ! A partir de cette date, sous pression d'organisations antiracistes dont la nôtre, ce terme injurieux disparaît enfin et cède la place au titre "Gens du Voyage". Un exemple parmi tant d'autres qui montre que la lutte pour la reconnaissance pleine et entière de la population tsigane est loin d'être terminée

En 1990, ce combat a pourtant avancé d'un petit pas avec l'article 28 de la loi Besson (secrétaire d'état au logement), concernant le stationnement des Gens du Voyage. Celui-ci préconisait la mise en place de structures d'accueil adéquate dans chaque commune de plus de 5 000 habitants.

Malheureusement, beaucoup de villes ne l'ont pas respectée :

  • soit en ne se dotant pas du tout d'un terrain approprié, par manque de courage ou de volonté,
  • soit en mettant à disposition des Gens du Voyage des aires de stationnement qui n'en ont que le nom, complètement inadaptées à l'accueil ~ quand bien même il ne s'agit pas de terrain vague, il y manque l'adduction d'eau et d'électricité.

Souvenons-nous de ce petit garçon mort noyé dans une flaque d'eau et dont les parents avaient été placés par la municipalité sur un terrain des plus inhabitables. Exemple frappant de désintéressement total de la part des pouvoirs publics et qui prouve combien il est urgent de réagir : faut-il encore d'autres cas aussi dramatiques pour que l'on s'aperçoive enfin que bon nombre de familles vivent dans des conditions de logement inhumaines ? Si les Gens du Voyage ne sont pas toujours pauvres, ils sont dans le domaine de l'habitat parmi les plus défavorisés.

Cette exclusion de tout un ban de la société, ce racisme envers toute une population doit cesser : la loi les concernant doit aller plus en profondeur afin de permettre aux municipalités d'accueillir dans les meilleures conditions les Gens du Voyage et de sanctionner celles qui ne l'appliqueront pas ; il faut aussi qu'elle traite des questions de scolarisation, d'activités économiques et d'habitat engendrées par ce mode de vie

.Bien évidemment, il reste un énorme travail à faire sur les mentalités pour que les Gens du Voyage ne soient plus des exclus dans l'oubli, mais des citoyens à part entière.

Juliette Duretête
(Lettre du Mrap - 3e trimestre 1998)