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Les
Gens du Voyage : des exclus dans l'oubli...
Depuis des siècles,
les Gens du Voyage sont quasi exclus de la Nation et toujours plus
ou moins oubliés (la sédentarisation n'y changeant rien) : il
subsiste encore des formes de rejet engendrées par des préjugés
dans l'opinion publique courante et un regard plutôt négatif à
l'égard de cette population, de son mode de vie, de ses habitudes
et coutumes rarement connues du public. Malheureusement, et c'est
trop souvent le cas, ce qui est différent effraie, ce qui n'est pas
"dans la normalité" est pour beaucoup de gens
difficilement acceptable.

Le poids de cette
méconnaissance est très lourd en ce qui concerne les Gens du
Voyage. En témoigne l'oubli dont ils sont victimes : peu de prise
en compte des Tsiganes dans l'Holocauste nazie, ignorance du fait
que le gouvernement français en 1939 a fait interner les
"Nomades" bien avant une quelconque intervention
allemande. En témoigne également le mépris avec lequel cette
population est traitée en France : jusqu'en 1991, la rubrique qui
leur est consacrée dans le Journal Officiel s'appelait, et c'est
significatif de l'état d'esprit ambiant à leur égard, "
Nomades et vagabonds " ! A partir de cette date, sous pression
d'organisations antiracistes dont la nôtre, ce terme injurieux
disparaît enfin et cède la place au titre "Gens du
Voyage". Un exemple parmi tant d'autres qui montre que la lutte
pour la reconnaissance pleine et entière de la population tsigane
est loin d'être terminée
En 1990, ce combat a
pourtant avancé d'un petit pas avec l'article 28 de la loi Besson
(secrétaire d'état au logement), concernant le stationnement des
Gens du Voyage. Celui-ci préconisait la mise en place de structures
d'accueil adéquate dans chaque commune de plus de 5 000 habitants.
Malheureusement,
beaucoup de villes ne l'ont pas respectée :
- soit en ne se dotant pas du tout
d'un terrain approprié, par manque de courage ou de volonté,
- soit en mettant à disposition des
Gens du Voyage des aires de stationnement qui n'en ont que le
nom, complètement inadaptées à l'accueil ~ quand bien même
il ne s'agit pas de terrain vague, il y manque l'adduction d'eau
et d'électricité.
Souvenons-nous de ce
petit garçon mort noyé dans une flaque d'eau et dont les parents
avaient été placés par la municipalité sur un terrain des plus
inhabitables. Exemple frappant de désintéressement total de la
part des pouvoirs publics et qui prouve combien il est urgent de
réagir : faut-il encore d'autres cas aussi dramatiques pour
que l'on s'aperçoive enfin que bon nombre de familles vivent dans
des conditions de logement inhumaines ? Si les Gens du Voyage
ne sont pas toujours pauvres, ils sont dans le domaine de l'habitat
parmi les plus défavorisés.
Cette exclusion de
tout un ban de la société, ce racisme envers toute une population
doit cesser : la loi les concernant doit aller plus en profondeur
afin de permettre aux municipalités d'accueillir dans les
meilleures conditions les Gens du Voyage et de sanctionner celles
qui ne l'appliqueront pas ; il faut aussi qu'elle traite des
questions de scolarisation, d'activités économiques et d'habitat
engendrées par ce mode de vie
.Bien évidemment, il
reste un énorme travail à faire sur les mentalités pour que les
Gens du Voyage ne soient plus des exclus dans l'oubli, mais des
citoyens à part entière.
Juliette Duretête
(Lettre du Mrap - 3e trimestre 1998) |