|
A la lecture de la circulaire du Ministre de
l'Intérieur du 11 octobre 1999 , le MRAP estime qu'elle sonne le glas de
tout espoir de justice et de dignité pour les sans-papiers et constitue
une bien dérisoire réponse à une soif de justice que n'éteindra aucune
reconduite à la frontière.
Nous accueillons ce "rappel à l'ordre" comme
une provocation aussi bien à l'encontre des sans-papiers en lutte que des
composantes de la gauche plurielle qui aspirent à un règlement humain et
pacifique.
Alors qu'est en jeu le sort de quelque 65 000
déboutés de la circulaire du 24 juin 1997 et des milliers de rejetés de
la loi RESEDA - toutes personnes dont les dossiers sont de longue date
déposés en préfecture - le ministre de l'Intérieur feint d'ignorer la
force des motivations "au départ" des candidats à
l'immigration, pour mieux mettre en ordre de bataille des préfets
apparemment peu informés de l'arsenal répressif français et européen,
archi-connu des associations des droits de l'homme:
- contrôles d'identité "à la
concentration" d'irréguliers, faute d'oser s'avouer "au
faciès" - coopération avec les prisons pour l'embarquement
planifié des sans-papiers et des double-peines - prolongation à 12 jours
de la rétention administrative - liste fort longue des pays de renvoi
réputés "sûrs" - accords bilatéraux de
"réadmission" pour les nationalités irréconductibles
Mais il est vrai qu'il est plus d'un point où le bât
blesse : - indépendance de la magistrature - "mauvais-vouloir"
des consulats des pays d'origine - lourdeur des procédures
juridictionnelles - quotas limités de 1 à 3 sans-papiers par diverses
compagnies aériennes - destinations "à risque" comme le Mali
où certain vol fut mal accueilli ...
Ayant épinglé les rétifs en tous genres, la
circulaire conclut sur cet étonnant avertissement: " Lorsqu'un
individu est particulièrement violent ou suivi par une association ,
toute information le concernant doit apparaître clairement dans la
saisine adressée au Bureau de l'éloignement".
Le Ministère de l'Intérieur pourrait-il ignorer les
saisines multiples et incessantes des associations sur les dossiers
individuels, pour en redemander ainsi la transmission aux préfectures?
En la matière cependant , il n'est guère possible de sourire car c'est
le droit d'hommes, de femmes et d'enfants à une vie digne et humaine,
qui est en jeu .
Et la "violence" des sans-papiers ,
réfractaires à l'éloignement forcé vers l'humiliation et le
désespoir, n'est dépassée que par celle des politiques européennes
d'expulsions qui ont pour nom Arumagam KANAPATHIPILLAI, Semira ADAMU,
Marcus OMAFUMA, Mohsen SLITI, Aamir AGEEB, morts par manque de soins ou
étouffés par les coussins et les casques des polices des frontières de
France, de Belgique, d'Allemagne ou d'Autriche, ou encore Bogdan WZZEDYBIL, "suicidé" à Toulouse en août 1999 pour s'être vu
refuser par la préfecture les preuves de plus de 10 ans de séjour en
France.
Le MRAP interpelle l'ensemble de la gauche plurielle
afin qu'elle affirme une position claire et cohérente allant dans le sens
de la régularisation globale des sans-papiers.
|