© Micronetscop - 1999/2000

 

 

 

Nous demandons la régularisation de tous les sans-papiers

Communiqué du 10 décembre 1998, 50ème anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen

 

 

Un rappel à l'ordre
qui sonne comme une provocation

A la lecture de la circulaire du Ministre de l'Intérieur du 11 octobre 1999 , le MRAP estime qu'elle sonne le glas de tout espoir de justice et de dignité pour les sans-papiers et constitue une bien dérisoire réponse à une soif de justice que n'éteindra aucune reconduite à la frontière.

Nous accueillons ce "rappel à l'ordre" comme une provocation aussi bien à l'encontre des sans-papiers en lutte que des composantes de la gauche plurielle qui aspirent à un règlement humain et pacifique.

Alors qu'est en jeu le sort de quelque 65 000 déboutés de la circulaire du 24 juin 1997 et des milliers de rejetés de la loi RESEDA - toutes personnes dont les dossiers sont de longue date déposés en préfecture - le ministre de l'Intérieur feint d'ignorer la force des motivations "au départ" des candidats à l'immigration, pour mieux mettre en ordre de bataille des préfets apparemment peu informés de l'arsenal répressif français et européen, archi-connu des associations des droits de l'homme:

- contrôles d'identité "à la concentration" d'irréguliers, faute d'oser s'avouer "au faciès" - coopération avec les prisons pour l'embarquement planifié des sans-papiers et des double-peines - prolongation à 12 jours de la rétention administrative - liste fort longue des pays de renvoi réputés "sûrs" - accords bilatéraux de "réadmission" pour les nationalités irréconductibles

Mais il est vrai qu'il est plus d'un point où le bât blesse : - indépendance de la magistrature - "mauvais-vouloir" des consulats des pays d'origine - lourdeur des procédures juridictionnelles - quotas limités de 1 à 3 sans-papiers par diverses compagnies aériennes - destinations "à risque" comme le Mali où certain vol fut mal accueilli ...

Ayant épinglé les rétifs en tous genres, la circulaire conclut sur cet étonnant avertissement: " Lorsqu'un individu est particulièrement violent ou suivi par une association , toute information le concernant doit apparaître clairement dans la saisine adressée au Bureau de l'éloignement".

Le Ministère de l'Intérieur pourrait-il ignorer les saisines multiples et incessantes des associations sur les dossiers individuels, pour en redemander ainsi la transmission aux préfectures? En la matière cependant , il n'est guère possible de sourire car c'est le droit d'hommes, de femmes et d'enfants à une vie digne et humaine, qui est en jeu .

Et la "violence" des sans-papiers , réfractaires à l'éloignement forcé vers l'humiliation et le désespoir, n'est dépassée que par celle des politiques européennes d'expulsions qui ont pour nom Arumagam KANAPATHIPILLAI, Semira ADAMU, Marcus OMAFUMA, Mohsen SLITI, Aamir AGEEB, morts par manque de soins ou étouffés par les coussins et les casques des polices des frontières de France, de Belgique, d'Allemagne ou d'Autriche, ou encore Bogdan WZZEDYBIL, "suicidé" à Toulouse en août 1999 pour s'être vu refuser par la préfecture les preuves de plus de 10 ans de séjour en France.

Le MRAP interpelle l'ensemble de la gauche plurielle afin qu'elle affirme une position claire et cohérente allant dans le sens de la régularisation globale des sans-papiers.